Notes sur le patrimoine au Québec

Heritage Montreal_Panorama Montréal_c. Jean-François Séguin
Photo : Jean-François Séguin.

Par Dinu Bumbaru, C.M.

À l’occasion du 24 juin, la fête nationale du Québec, nous avons demandé à Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal, de partager ses réflexions sur le patrimoine au Québec.

On the occasion of June 24, Quebec’s fête nationale, we asked Dinu Bumbaru, Policy Director at Heritage Montreal for his thoughts on heritage in Quebec. Click here to read the English version.

Au Québec, la devise «Je me souviens», bien qu’elle soit née de l’architecture de son Parlement, ne s’est pas toujours traduite par une attention clairvoyante envers le patrimoine et ce, bien que le gouvernement québécois ait été le premier des provinces canadiennes à s’être donné une loi pour le reconnaître et le protéger. C’était en 1922 et on parlait de monuments historiques.

En 2006, le Québec posait un acte d’une rare innovation dans le domaine législatif en adoptant une loi sur le développement durable qui définit la protection du patrimoine culturel comme un principe de développement durable. Unique à l’échelle planétaire, cette inclusion du patrimoine repose sur une définition actuelle elle-même compatible avec l’évolution de la réflexion dans la société comme dans les institutions internationales comme l’UNESCO. Voici ce principe, malheureusement trop peu connu ici comme ailleurs :

Article 6. k) « protection du patrimoine culturel » : le patrimoine culturel, constitué de biens, de lieux, de paysages, de traditions et de savoirs, reflète l’identité d’une société. Il transmet les valeurs de celle-ci de génération en génération et sa conservation favorise le caractère durable du développement. Il importe d’assurer son identification, sa protection et sa mise en valeur, en tenant compte des composantes de rareté et de fragilité qui le caractérisent;

L’utilité voire l’ambition d’un tel principe pourrait être équivalente à celle de la Section 106 du Historic Preservation Act dont les États-Unis soulignent le cinquantenaire cette année, à savoir d’établir un mécanisme simple et pratique qui permet d’intégrer la reconnaissance, la protection et la mise en valeur du patrimoine. Mais, cette innovation québécoise reste largement ignorée, y compris du gouvernement ou des organisations en patrimoine qui ne peuvent donc pas en tirer le plein bénéfice. Peut-être est-il plus simple de perpétuer une façon de faire fondée sur le rapport de force lors de controverses plutôt que d’orienter, en amont, les façons de développer notre société et son territoire en se donnant un devoir d’intelligence et des obligations de résultats.

Le chemin parcouru est cependant très impressionnant. Si l’on peut facilement faire l’histoire des lois ou des décisions des ministres qui s’en sont servis, on fait plus rarement celle de l’action citoyenne, plus diffuse et plus souvent traiter uniquement par le biais des controverses davantage que des idées. Rappelons qu’au XIXe siècle, c’est le gouverneur général, Lord Dufferin qui a sauvé ces fortifications qui ont justifié l’inscription du Vieux-Québec au patrimoine mondial de l’UNESCO mais que ce sont les pétitions de citoyens qui ont sauvé le mont Royal, emblème de la métropole, ou le fort Chambly, illustration ancienne de la diversité des traditions de sauvegarde.

Avenue McGill College (vue sur le mont Royal)_c. Jean-François Séguin
Vue sur le mont Royal à Montréal. Photo : Jean-François Séguin.

Il y a un siècle, la réponse aux défis du patrimoine passait par la commémoration et la documentation. En 2016, le patrimoine au Québec, à Montréal comme dans les différentes régions, fait face à d’importants défis dont la désaffectation et le manque d’entretien, des phénomènes qui touchent tant le bâti et les paysages que les savoir-faire, comptent parmi les plus importants. Et on ne saurait se contenter d’une approche ponctuelle limitée à quelques sites historiques. Au contraire, il faut que le territoire soit, comme c’est le cas en France et chez plusieurs peuples chez nous, reconnu comme patrimoine premier et que la collaboration des secteurs public, citoyens, privés et universitaires soit la source d’une planification moins technique et plus culturelle car c’est ainsi que l’on s’occupera de cet écosystème patrimonial.

Doté d’une formation en architecture et en conservation architecturale acquise à Montréal, à Rome et en Angleterre, Dinu Bumbaru, C.M., est directeur des politiques à Héritage Montréal où il travaille depuis 1982. Son action conjugue métropolitain, national et international.


On Heritage in Quebec

By Dinu Bumbaru, C.M.

On the occasion of June 24, Quebec’s fête nationale, we asked Dinu Bumbaru, Policy Director at Heritage Montreal for his thoughts on heritage in Quebec.

Quebec’s provincial motto “Je me souviens” (I remember) was born of the architecture of its parliament buildings, yet it has not always translated into an attentive foresight with regard to heritage. In 1922, the provincial government was the first among Canadian provinces to adopt legislation for its recognition and protection, however, it applied specifically to historic monuments.

In 2006, Quebec took bold action of uncommon innovation in the legislative realm by adopting its Sustainable Development Act. Consistent with Quebec’s longstanding attention to culture as part of the identity and the responsibility of its collective institutions. The Act defines the protection of cultural heritage as a principle of sustainable development. Unique in the world, this acknowledgement of heritage also innovates by using a broad and inclusive definition of heritage, echoing contemporary thought in Quebec’s heritage sector as well as in international institutions like UNESCO. Here it is:

Article 6 (k)  Protection of cultural heritage”: The cultural heritage, made up of property, sites, landscapes, traditions and knowledge, reflects the identity of a society. It passes on the values of a society from generation to generation, and the preservation of this heritage fosters the sustainability of development. Cultural heritage components must be identified, protected and enhanced, taking their intrinsic rarity and fragility into account;

The goal of this principle is similar to Section 106 of the US Historic Preservation Act, whose 50th anniversary is being celebrated this year, which calls for every US government expenditure to be sensitive to sites on the National Register. In Quebec, the legislation aims to provide a simple and effective mechanism to recognize, protect and celebrate heritage. Yet, this innovation is unfortunately too often ignored and left unused by both the government and heritage organizations. While heritage designations remain a vital tool, we also need more clever mechanisms to bring solutions not just to the individual threatened heritage building, archaeological site or landscape, but to level the field and make development work with heritage and not against it.

A lot has been accomplished in Quebec over the past 100 years. Whereas history records the laws and decisions of ministers who used them, more rarely does it recognize the results of sustained civic action. It most often focuses only on specific controversies, rather than the genuine flow of transformative ideas. Recall that while in the 19th-century, it was the Governor General, Lord Dufferin, who saved the fortification walls of Quebec, which justified Old Quebec’s UNESCO’s World Heritage Listing, it was the petitions of engaged and determined citizens that helped save Mont Royal, the iconic monument of Montreal, or Fort Chambly, which illustrates the diverse nature of our societies, and the tradition of protecting heritage.

A century ago, the response to the challenges faced by heritage was commemoration and scholarly documentation. In 2016, heritage, both in Quebec and in other regions, faces major challenges, such as redundancy and poor maintenance – challenges which affect not only built heritage and cultural landscapes, but also traditional knowledge. We cannot content ourselves with an ad hoc approach focused on only a few historic sites. Quite the contrary, we should learn from the example of France and from the Indigenous perspective, where the understanding and relationship of people to all aspects of the environment is acknowledged as part of a shared heritage.

With a similar approach, we could find a way forward to foster collaboration between the public, citizen, private and academic sectors. It is through this increased dialogue that a less technical and more cultural approach to land-use and planning can emerge, and that we can avoid downstream conflicts by creating a common sense of obligation to succeed so that we not only enjoy our heritage ecosystem in the present, but pass it on to future generations in good and lively spirit.

Trained in architecture and architectural conservation in Montreal, Rome and England, Dinu Bumbaru, C.M., is the Policy Director at Heritage Montreal, where he has worked since 1982. He is active on the local, national and international stage.


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